✔︎ Article paru dans la magazine Spa de Beauté Mai 2019

Ne vous êtes-vous jamais dit : « Ce job je l’ai eu mais je ne sais pas vraiment comment ? Suis-je à la bonne place ? Mon entourage professionnel va bien découvrir que je ne suis pas la bonne personne ? Que je ne suis pas à la hauteur de la mission ? ». C’est le syndrome de l’imposteur : une personne attribue ses succès à des causes exogènes plutôt qu’à ses compétences personnelles.

Aux USA, le concept d’ »Impostor Syndrom » existe depuis les années 70. Le terme a été inventé en 1978 par deux psychologues cliniciennes, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. Depuis maintenant quelques années, il est entré dans le champ de la psychologie en Europe. Il faut savoir que 70 % de la population (tous domaines confondus, pro et privé) a déjà ressenti cela au moins une fois : ce sentiment de ne pas avoir les compétences nécessaires et de devoir cacher d’hypothétiques lacunes. Il est le plus souvent le miroir d’un manque d’estime de soi au travers d’un mécanisme de dépréciation. La bonne nouvelle c’est que l’on peut « s’en sortir ».

UN SYNDROME HANDICAPANT

Quelques précisions importantes : les hommes et les femmes sont concernés indifféremment par cela. On peut se sentir imposteur à tout moment de sa vie. Il n’est pas, non plus, forcément en lien avec le fait d’avoir pris l’ascenseur social et de s’être « sorti de son milieu ». En effet, il existe nombre d’exemples de personnes ayant eu (sur le papier) des parcours qualifiés d’exemplaires et qui pourtant se sentent imposteurs.

Concrètement, le syndrome c’est se voir très différent que les autres vous voient. Il est important de comprendre que ce n’est pas juste un doute ponctuel que vous pouvez avoir. Il est plus profond et répond au problème de l’estime de soi qui est assez basse. Celui ou celle « atteint(e) » du syndrome de l’imposteur doit alors prioritairement travailler l’acceptation inconditionnelle de soi-même. C’est-à-dire quoi que je fasse (sous tendant que je réussisse ou pas) et bien je m’accepte.

Le mot qui revient comme une rengaine est celui du manque cruel d’objectivité sur soi, ses compétences, son parcours et ses ressorts. L’exemple parfait est celui d’une coachée que j’accompagne, directrice de filiale cosmétique, qui dit « J’ai été nommée il y a 5 ans à un poste de direction, alors que je n’avais pas de diplôme. Je suis convaincue que mon entreprise m’a embauchée parce qu’elle n’avait trouvé personne d’autre. Ce poste je ne le mérite pas et je suis certaine de prendre le job d’une autre personne ». Voilà le type de discours porté par les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur. C’est une sensation d’illégitimité perpétuelle qui devient une croyance à inscrire dans la réalité. Or, on s’aperçoit en coaching, par exemple, que la plupart des coachés qui ont le syndrome de l’imposteur sont au final des personnalités qui se sont construites (la plupart du temps) au travers d’un environnement et/ou d’expériences favorisant un manque de confiance en soi et une mauvaise image.

Ce poste, je ne le mérite pas…

ET SI J’ÉTAIS DEMASQUÉ(E)

C’est lors d’une séance de coaching que Anne F., comptable, me partage avec la plus grande honnêteté : « Si vous saviez qui je suis vraiment. Je dois tout à mes coups de bol ». Le hasard tient une place importante dans ce processus. Oui puisque les personnes n’ont soi-disant pas les compétences ; elles attribuent facilement leurs réussites à la chance.

Puis, il y a la comparaison qui fait partie des composantes du syndrome de l’imposteur. Elle est d’ailleurs le pire ennemi des personnes « atteintes ». Cela entraîne souvent un dénigrement de qui elles sont et de ce qu’elles font. On observe aussi que « Ce sont des perfectionnistes, avec des exigences élevées et une insatisfaction chronique. Ces personnes ont une vision inadéquate de ce qu’est l’intelligence ou la réussite, une peur importante de l’échec et une culpabilité par rapport au succès. Elles sont persuadées que les autres en attendent beaucoup plus que ce n’est le cas en réalité. Au fond, elles font un contresens complet en comparant les compétences des autres à leurs lacunes. De quoi se déprécier durablement. Cette insécurité latente conduit à la peur quotidienne d’être démasqué » assure Kevin Chassangre, psychologue PHD spécialiste du syndrome de l’imposture.

DEUX STRATÉGIES POSSIBLES : LA PROCRASTINATION OU L’AUTO-SABOTAGE

Les personnes qui se considèrent comme imposteur ont deux manières de réagir :

– En premier temps, elles peuvent choisir de procrastiner. Perdre du temps, se mettre en danger pour légitimer un potentiel échec ou, si cela a fonctionné, elles diront qu’elles ont eu de la chance. À cela, on peut ajouter « l’underdoing ». C’est d’ailleurs un des éléments concrets symbole du syndrome de l’imposteur. Cette technique du « tout faire pour que ça rate » permet alors de se protéger des échecs. Il existe aussi l’autodénigrement : les personnes ont une fâcheuse tendance à minimiser toutes leurs réalisations. C’est le cas de Laura. N., Chef de projet « J’ai rendu mon dossier en temps et en heure. Mon N°1 m’a félicitée, je ne comprends pas. J’ai juste fait mon job. Une autre collègue aurait pu le faire et probablement mieux d’ailleurs »,

– en un deuxième temps, elles peuvent aussi choisir de travailler de manière acharnée en pratiquant « l’overdoing » en expliquant son échec par finalement « J’ai beaucoup travaillé, ça n’a pas fonctionné, je ne suis pas si douée que cela ». La preuve « Je dois travailler de manière excessive pour obtenir un résultat » (souvent insatisfaisant). On observe aussi certaines personnes qui se fixent des objectifs inatteignables pour confirmer leurs incapacités. Pratique pour justifier un échec.

Ces deux stratégies peuvent devenir une manière de vivre justifiant à chaque fois pourquoi ça ne marche pas ; ce qui renforce le sentiment d’imposture. Elles deviennent, de fait, illégitimes. Ce complexe peut être bénin ou devenir problématique lorsqu’il est relativement constant et prononcé. Alors le risque à cela, c’est de créer des souffrances profondes, voire peut être une source d’anxiété. C’est le cas lorsque le syndrome de l’imposteur est à l’origine d’auto-sabotage professionnel et peut aboutir à un burnout ou une dépression.

DES CLEFS POUR AGIR ET S’EN SORTIR

Pour arriver à surmonter tout cela, il est essentiel de changer d’état d’esprit. La solution est de se focuser sur ce qui va bien et non sur ce qui n’a pas été bien fait. C’est finalement suivre l’adage populaire en voyant le verre à moitié plein. L’idée est de travailler sur la peur de l’échec souvent corrélée à la notion de la performance. Pour accepter cet échec, voire ce contre temps, il est utile d’éloigner cette notion en se concentrant sur le chemin pour arriver au résultat et non sur le résultat en lui-même.

Quelques pistes d’actions

– S’autoriser à être soi, unique et authentique ; sans paraître.

– Se détacher de la notion de performance et de perfection.

– Arrêter de se comparer et de se diminuer.

– Travailler à recevoir des compliments et demander des feed-back.

– Rechercher les preuves concrètes et internes (à soi) de sa réussite.

– S’accepter inconditionnellement.

POUR ALLER PLUS LOIN

– The Impostor Phenomenon : Overcoming The Fear That Haunts Your Success. Pauline Rose Clance.

– Cessez de vous déprécier ! Se libérer du Syndrome de l’Imposteur. Kévin Chassangre co-écrit avec Stacey Callahan.

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